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Lexique

A

Androcentrisme

Qualifie tout phénomène (discours, système…) ayant pour point de référence les expériences et perspectives sociales des hommes. Est souvent masqué derrière l’apparente neutralité et universalité du masculin.

B

Backlash

Terme utilisé à l'origine par l'autrice Susan C. Faludi pour désigner le « retour de bâton » alimenté par les médias en réaction aux avancées féministes, en particulier dans les années 70. Le terme peut parfois être extrapolé pour désigner tous les mouvements réactionnaires militant contre les avancées politiques et théoriques en faveur de la justice sociale.

C

Care

Mot anglais renvoyant à tout le travail de soin et de prise en charge des enfants, des personnes âgées et des adultes dépendants (malades, handicapé·es etc.), et ce quelles que soient ses conditions de réalisation (salarié, au sein de la famille, sur une personne extérieure…).

Continuum des échanges-économico-sexuels

Concept crée par l’anthropologue Paola Tabet. Il permet de saisir dans la même expression les relations et interactions possibles entre hommes et femmes où les sentiments, la sexualité et l’argent sont échangés dans un cadre inégalitaire et dominé par les hommes, y compris dans le mariage. Permet de pointer l’importance des échanges économiques et l’inégalité au-delà de cas stigmatisés comme celui de la prostitution.

Culture du viol

Concept établissant un lien entre le viol et les violences de genre, et la culture où ils ont lieu, et dans laquelle ces violences (viol ou autres) sont niées, minimisées, excusées voire encouragées, où l’on nie le non consentement et blâme la victime. Ces justifications sont appelées mythes sur le viol.

Pour aller plus loin :

D

Discrimination directe

Désigne une différence de traitement (refus de vente ou de location, refus de poste, salaires moindres, « mise au placard » …) pour un motif prohibé (le sexe par exemple).

Discrimination indirecte

Désigne une norme ou une pratique apparemment neutre mais qui induit des conséquences systématiquement défavorables pour un groupe (exemple : un traitement différent réservé aux travailleur·euse·s à temps plein et à temps partiel qui peut défavoriser systématiquement les femmes)

Division sexuée du travail

Désignait à la base l’assignation des hommes au travail productif, et des femmes au travail reproductif. A cette séparation s’ajoute un principe hiérarchique : les travaux des hommes « valent » plus, sont plus reconnus socialement et économiquement. Ce rapport de pouvoir a conduit les féministes matérialistes à la théoriser comme l’un des nœuds essentiels de l’oppression des femmes.

E

Empowerment

Aussi parfois appelé autonomisation. Désigne la façon dont les individus accroissent leurs habilités favorisant l’estime de soi, l’initiative et le contrôle. Désigne aussi un processus social de reconnaissance, de promotion et d’habilitation des personnes dans leurs capacités à satisfaire leurs besoins, à régler leurs problèmes et à mobiliser les ressources nécessaires afin de se sentir en contrôle de leurs propres vies.

Katz le définit également comme une manière de voir le monde où les individus sont inter-reliés, où il y a partage de ressources et incitation à la collaboration. Cela demande un effort individuel, encouragé par la collaboration et le changement d’environnement.

Pour les féministes, l’empowerment désigne un processus individuel et collectif qui implique à la fois une prise de conscience et le développement d’une force politique et, par conséquent, d’une capacité d’agir de manière autonome individuellement et collectivement pour obtenir l’égalité sociale.

A l’inverse, le disempowerment consiste à rendre une personne ou un groupe moins puissant ou moins confiant, ou de le priver d’autorité et de pouvoir.

Pour aller plus loin :

F

G

Gaslighting

Forme d’abus mental dans lequel l’information est déformée, omise sélectivement pour favoriser l’abuseur, ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale.

H

Harcèlement sexuel

Pression exercée sur une personne pour obtenir des faveurs sexuelles ou pour rabaisser ses caractéristiques sexuelles (orientation sexuelle, physique etc.).

I

Identité de genre

Façon dont les êtres humains pensent et ressentent leur identité individuelle par rapport aux deux sexes définis et construits. Assignée dès la naissance et renforcée par la socialisation, elle peut être vécue comme une appartenance exclusive à un sexe (unité entre caractéristiques biologiques et rôles/comportements sociaux), ou entrer en conflit avec celui-ci (et ainsi avoir une identité de genre différente du sexe assigné à la naissance). De plus, hommes féminins et femmes masculines peuvent construire leur identification de façons multiples par rapport à un ordre normatif qui n’est pas invariable.

Intersectionnalité

Concept forgé par la juriste Kimberlé W. Crenshaw à la fin des années 80 pour décrire les dilemmes stratégiques et identitaires rencontrés par certaines catégories de personnes subissant des formes combinées de domination aux USA, et en particulier les femmes noires. A permis de remettre en cause le monopole de la représentation de certains groupes subordonnés par des groupes dominants sous d’autres rapports (hommes noirs pour les luttes antiracistes, femmes blanches des classes moyennes pour les luttes féministes…) qui présentaient alors des propriétés perçues comme « neutres ». Le mot a été repris par les sciences sociales pour désigner la recherche empirique d’analyse de l’imbrication des rapports sociaux de domination.

Références

  • Introduction aux études sur le genre : 2e édition
  • Cours de premier cycle de science politique de l’UQAM : Féminisme et antiféminisme.

J

K

L

M

Machisme

Culte de la masculinité, de la virilité, glorification des caractéristiques « masculines » comme étant supérieures.

Male Gaze

Plus ou moins traduisible par « regard masculin ». A la base issu de la critique cinématographique puis étendu à d’autres arts visuels (photographie, bande dessinée, publicité etc.) et enfin à l’expérience quotidienne. Désigne le fait d’offrir au regard des spectateurs, supposés hommes (et souvent même aux fantasmes, ceux-ci étant presque toujours présumés hétérosexuels) le corps des femmes. Met les femmes exhibées dans une position d’objet passif, leur corps étant souvent fragmenté, sans visage, réduit à une fonction (voire plus bas : objectivation) pour le bon plaisir visuel des hommes, qui se retrouvent de ce fait dans une position de toute puissance.

Le concept a été depuis étendu à l’expérience de vie quotidienne des femmes, qui savent plus ou moins consciemment être vues et jugées sur leur physique en permanence, au point de l’intérioriser.

Pour aller plus loin :

Masculinité hégémonique

Selon Raewyn Connell, l’ordre du genre produit non seulement une hiérarchie entre les femmes et les hommes, mais également entre ces derniers. La masculinité hégémonique désigne alors le modèle de masculinité socialement et symboliquement dominant dans un contexte donné. Elle se construit à la fois comme une opposition au féminin et à la féminité mais aussi à des masculinités qui lui sont « subordonnées ». La subordination entre la masculinité hégémonique et les autres est l’expression des rapports de classe, de race* et de sexualité qui traversent la société en général et le groupe des hommes en particulier.

*Il ne s’agit évidemment pas de parler de « race » au sens biologique, mais des catégories inférieures socialement crées par le racisme (au nom d’une soi-disant infériorité biologique, culturelle puis religieuse : voir Frantz Fanon).

Menace du stéréotype

Décrit l’effet qu’un stéréotype peut avoir sur une personne visée par celui-ci. Dans certaines situations, un individu peut avoir l’impression d’être jugé au travers d’un stéréotype visant son groupe, ou avoir peur d’avoir un comportement venant confirmer ledit stéréotype. Peut entrainer une baisse des résultats de l’individu. Par exemple, si l’on prend le cliché disant que les filles sont moins bonnes en maths que les garçons : si l’on fait passer un même test à des filles et des garçons en le présentant dans un groupe comme un test de géométrie et dans l’autre comme un test de mémorisation, les filles du premier groupe auront des résultats inférieurs.

Pour aller plus loin :

Misogynie

Sentiment de haine, de mépris ou d'hostilité à l’égard des femmes.

N

O

Objectivation

A lieu lorsqu’un être humain (très généralement une femme) voit son corps, des parties de son corps ou ses fonctions sexuelles être séparées de sa personne, vues comme de simples instruments ou considérées comme en mesure de la représenter entièrement. On retrouve ce phénomène dans les relations entre individus (particulièrement dans le regard et les remarques que les hommes font sur le corps des femmes) et dans les médias. Amène les femmes à intérioriser le regard d’autrui sur elles-mêmes et à chercher à contrôler leur apparence : on parle alors d’auto-objectivation, dont les conséquences vont de la diminution des capacités d’introspection et de la capacité à se plonger entièrement dans une tâche avec un sentiment d’accomplissement (on parle de flow) à la dépression et aux troubles du comportement alimentaire.

Pour aller plus loin :

P

Paternalisme

Rapport social d'échange, où l’on troque de la protection contre des services subordonnés, de l’obéissance et une volonté de se soumettre aux désirs et à la volonté de l’autre. Peut mener à exercer un contrôle sur l’autre, « pour son bien ». Entraine une perte d'autonomie.

Patriarcat

Système de subordination des femmes qui consacre la domination du père sur les autres membres de la famille. Par extension, désigne un modèle de société où est institutionnalisé la domination des hommes sur les femmes dans les sphères politiques, culturelles, économiques et sociales, et l’appropriation des corps et du travail de ces dernières.

On parle aussi parfois d’hétéropatriarcat pour désigner le système sociopolitique dans lequel les hommes, le masculin et l’hétérosexualité dominent les autres genres et orientations sexuelles.

Phallocratie

Domination sociale, culturelle et symbolique exercée par les hommes. Survalorisation sociétale des symboles masculins. Système de pouvoir, politique, idéologique et de domination par les « porteurs de phallus » sur des personnes qui n'en possèdent pas. Renvoie à des référents anatomiques, des traits physiologiques, qui servent de marqueur social.

Les discours antiféministes sont parfois phallocrates. Par exemple selon Éric Zemmour, le pouvoir est nécessairement phallique et pour Yvon Dallaire : l’homme conquiert le monde parce qu'il est pénétrant.

Plafond de Verre

Désigne le fait que, dans une structure hiérarchique, les plus hautes places (et donc les plus prestigieuses et les mieux payées) sont tacitement interdites ou en tout cas bien plus difficiles d’accès pour certaines catégories de la population (femmes, personnes de couleur, homosexuel·le·s…).

Pour aller plus loin :

Q

Queer

Terme anglais signifiant « étrange » et à la base utilisé comme insulte envers les personnes n’entrant pas dans la norme du genre (homosexuel·le·s, transgenres etc.). Le terme a subi un « retournement de stigmate » qui a abouti à la fin des années 80 sur un mouvement politique contestataire. Tout en considérant les identités de genre comme n’ayant rien de naturel, ce mouvement s’affirme par une revendication identitaire stratégique visant à faire des minorités et des identités sexuelles le lieu de la contestation des normes dominantes.

R

Renforcement différentiel

Fait pour les parents de récompenser et d’encourager davantage les comportements « masculins » des petits garçons et les comportements « féminins » des petites filles. Entraine un processus de sélection à posteriori des conduites conformes plutôt qu’une injonction explicite.

S

Sexage

Néologisme popularisé par Colette Guillaumin dans les années 70. Désigne à la fois l’exploitation économique des femmes par les hommes, mais aussi par l’appropriation de ces dernières de manière totale, c’est-à-dire non limitée et non rémunérée, notamment au sein de l’institution qu’est le mariage. Selon l’autrice, le sexage serait à l’économie domestique ce que le servage était à l’économie foncière au Moyen-Âge.

Sexisme

Mot crée sur la base du mot « racisme ». Attitude de discrimination basée sur le sexe, au détriment des femmes.

Pour Blais, il s’agit d’un « Schéma voulant que l’humanité soit divisée en deux sexes complémentaires mais inégaux ».

Le sexisme entraine une différenciation sociale : il crée des différences à partir de ce qui est semblable (l’humanité) dans le but de hiérarchiser. Le pouvoir est à la source de la différenciation sociale. Pour justifier l’inégalité entre les humains, il est nécessaire de différencier les tâches, afin d’avoir un groupe qui va exécuter le travail et un qui va se l’approprier. Cette différenciation inégalitaire sera camouflée derrière des justifications naturalistes et/ou de complémentarité.

Pour Butler, le sexisme est « un modèle où on prétend l’existence d'un sexe stable qui est nécessaire pour que le corps fasse corps ». Le sexe est associé à un genre : femme/féminin, homme/masculin. On assiste à la « stylisation répétée des corps, une série d’actes répétés à l’intérieur d’un cadre régulateur plus rigide, des actes qui se figent avec le temps de telle sorte qu’ils finissent par produire l’apparence de la substance, un genre naturel de l’être. »

Par exemple pour la musculature : les hommes et les femmes ne font pas les mêmes sports, et ne pratiquent de toute façon pas cette activité dans les mêmes proportions ni avec le même but. Cela augmente voire crée des différences qui, répétées de génération en génération, finissent par apparaître comme naturelles.

Le sexisme est institutionnalisé, lié à des normes. C'est un schéma véhiculé dans le langage, dans des lois, des théories. Il s’agit également d’un système punitif : ce qui est hors genre est discriminé et/ou considéré comme pathologique.

Pour Virginia Valian, il existe des schémas genrés différents entre les femmes et les hommes qui produisent des effets genrés.

Par exemple, les femmes expérimentent le déni de la parole publique : on ne les écoute pas, on les interrompt, leur parole a moins de valeur. Elles vont finir par trouver coûteux de prendre la parole, et donc par moins le faire. À l’inverse les hommes expérimentent l’intérêt de la parole publique : estime de soi, prestige, en conséquence de quoi ils vont plus parler, auront plus d'influence, serviront d'exemple pour d'autres hommes.

On peut également penser à des expériences qui avaient été menées sur la manière dont des adultes réagissaient à des nouveaux nés en fonction du genre annoncé (qui n’était pas le sexe « réel » de l’enfant), et qui répondait déjà à ces stéréotypes (une petite « fille » qui pleure est triste, un petit « garçon » est en colère…). On a également montré qu’un CV féminin était perçu comme moins compétent qu’un CV masculin identique, etc.

Slut-Shaming

Ensemble d’attitudes, individuelles ou collectives, visant à blesser ou humilier les femmes en raison de la manière dont elles s’habillent, se maquillent, du nombre de garçons qu’elles fréquentent (intimement ou non) ou du fait qu’elles aient été victimes de violences de genre. Dans ce cas, il est utilisé pour faire porter à la victime la responsabilité du délit ou du crime commis contre elle. Dans tous les cas, il s’agit d’une épée de Damoclès punissant les femmes vues comme trop « libérées » moralement.

Pour aller plus loin :

Sororité

Traduit de l’anglais sisterhood par les féministes dans les années 70 (lui-même fabriqué en réaction au terme brotherhood par les féministes américaines). Équivalent féminin de « fraternité », il désigne la solidarité entre femmes qui se sentent des affinités, des similitudes et des vécus semblables car partageant la même condition féminine et ayant donc de ce fait le même statut social dans les rapports de genre.

T

Théorie de la connaissance située

Développée par certaines approches postmodernes des discours en sciences sociales, cherchant à intégrer l’expérience individuelle dans la constitution des savoirs. Très utilisée dans la théorie féministe socialiste relative aux politiques de l’identité.

Transgression de genre

Fait d’adopter des comportements, goûts, manières d’être socialement attribué à l’autre sexe, ce qui constitue une rupture avec l’ordre du genre. Le plus souvent partielles (pratique d’un sport, goûts atypiques…) et n’engageant pas l’intégralité de l’identité de l’individu.

Trouble de Stress Post-Traumatique

Aussi appelé syndrome de stress post-traumatique et parfois abrégé TSPT ou PTSD (pour posttraumatic stress disorder). Trouble anxieux sévère développé suite à un évènement ou une situation où l’intégrité physique et/ou psychologique du patient et/ou de son entourage a été menacée et/ou effectivement atteinte (agression violente, viol, accident, attentat…), et durant laquelle la personne est « mentalement déconnectée » de la réalité, le cerveau se réfugiant dans un « ailleurs » mental pour faire face à une réalité trop atroce pour être intégrée normalement. Se manifeste par de la reviviscence traumatique intrusive (ou flashback, on « revit » physiquement et mentalement la cause du symptôme), qui apparaît généralement après un temps de latence (de plusieurs semaines à plusieurs années).

Pour aller plus loin :

U

V

Victim-blaming

Traduisible par "culpabilisation de la victime". Désigne le fait de présumer que cette dernière est pour tout ou partie responsable de son sort, notamment en cas de violence sexuelle et de viol.

Violence de genre

Ensemble des violences commises par les hommes en tant qu’hommes sur les femmes en tant que femmes. Permet aussi de penser les violences d’hommes contre d’autres hommes vus comme efféminés ou à la virilité défaillante. Elles servent à la fois à punir ceux et celles qui s’écartent de la norme sociale du genre et à reproduire ce dernier.

Virilité

Attribut associé au masculin, associé à la force et au pouvoir.

W

X

Y

Z